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Les deux règles de 183 jours

Vous passez cinq mois par an en Floride, jamais plus. Vous êtes donc tranquille — c’est ce que presque tout le monde croit, et c’est faux. L’IRS ne compte pas une année : il en compte trois, avec des pondérations. Trois hivers de 150 jours totalisent 225 aux yeux du fisc américain, et 225 dépasse 183.

Publié le

Deux administrations, deux nombres identiques, deux calculs différents. La RAMQ veut vous voir au Québec 183 jours ou plus. L’IRS vous considère comme résident fiscal américain si vous atteignez 183 jours selon sa propre formule. Le même nombre, sur le même calendrier, ne se mesure pas de la même façon des deux côtés de la frontière.

Le calcul américain : trois ans, pas un

C’est ici que se joue l’essentiel, et c’est la partie que les guides en français mentionnent souvent sans en tirer la conséquence.

Le substantial presence test de l’IRS vous déclare résident fiscal américain pour l’année si vous remplissez les deux conditions suivantes :

  1. Vous avez été présent aux États-Unis au moins 31 jours durant l’année en cours ; et
  2. Le total pondéré des trois dernières années atteint 183 jours, calculé ainsi :

La formule

Année en cours
Tous les jours comptent — × 1
Année précédente
× 1/3
Deux ans avant
× 1/6

Le cas qui surprend

Un couple de Québec passe cinq mois en Floride chaque hiver. Jamais plus. 150 jours par an, trois années de suite.

AnnéeJoursPondérationCompte
2026 (en cours)150× 1150
2025150× 1/350
2024150× 1/625
Total225

225 dépasse 183. Ce couple satisfait au critère de présence substantielle et est, par défaut, résident fiscal américain — tenu de déclarer son revenu mondial à l’IRS.

Aucune des trois années ne s’approche pourtant de 183 jours prise isolément. C’est exactement pour cela que le piège fonctionne : le comportement paraît prudent, et il ne l’est pas.

Le seuil réel se situe autour de 121 jours par an. Un séjour identique répété chaque année franchit la barre à partir d’environ quatre mois : 121 + 40 + 20 = 181, contre 122 + 41 + 20 = 183. Cinq mois par hiver, répétés, vous placent nettement au-delà.

Ce qui vous sauve : l’exception de lien plus étroit

Être réputé résident fiscal américain n’est pas une fatalité. Le formulaire 8840, Closer Connection Exception Statement, permet d’écarter la conclusion — à trois conditions :

Remarquez la première condition : elle porte sur les jours réels de l’année en cours, pas sur le total pondéré. Notre couple à 150 jours la remplit sans difficulté. C’est le mécanisme qui les protège — mais seulement s’ils déposent le formulaire.

Comment remplir et déposer le formulaire 8840 →

Quels jours ne comptent pas

L’IRS exclut du décompte :

Cette dernière exclusion mérite d’être lue attentivement : elle vise une condition médicale apparue pendant le séjour, non une condition préexistante qui s’aggrave.

Le calcul québécois : un autre 183, une autre méthode

La RAMQ raisonne à l’inverse. Elle ne compte pas vos jours à l’étranger : elle exige votre présence au Québec.

« Toute personne qui habite au Québec doit y être présente 183 jours ou plus pour demeurer admissible au régime d’assurance maladie. »

Et sa méthode de calcul comporte des règles propres, généreuses, que peu de gens connaissent :

Vous devez par ailleurs aviser la RAMQ avant tout séjour qui contreviendrait à la règle des 183 jours.

Pourquoi les deux règles ne se contredisent pas — mais ne se substituent pas

Un raisonnement fréquent : « je respecte la RAMQ, donc je suis correct côté américain ». C’est intuitif et c’est insuffisant.

Rester au Québec 183 jours implique effectivement d’être ailleurs au plus 182 jours, donc de rester sous le seuil américain de l’année en cours. Sur ce point précis, les deux règles sont compatibles.

Mais elles ne mesurent pas la même chose :

C’est ce dernier écart qui produit les mauvaises surprises : un propriétaire qui alterne de courts séjours toute l’année peut se croire loin des seuils des deux côtés, et se retrouver au-delà du seuil américain.

Et si le test est franchi malgré tout

Il reste une porte de sortie, distincte du 8840 : la règle de départage de l’article IV de la convention fiscale Canada–États-Unis, qui tranche la double résidence selon une séquence :

  1. Où disposez-vous d’un foyer d’habitation permanent ?
  2. Si les deux ou aucun : où se trouve le centre de vos intérêts vitaux — « l’État avec lequel ses liens personnels et économiques sont les plus étroits » ?
  3. Puis le séjour habituel, puis la nationalité, puis un accord entre les administrations.

C’est une procédure plus lourde que le 8840, et elle suppose le dépôt de déclarations américaines. Mieux vaut ne pas en arriver là.

Ce qu’il faut faire, concrètement

  1. Tenez un registre de vos jours. Dates d’entrée et de sortie, chaque année. C’est la pièce justificative de tout le reste et personne ne la reconstitue de mémoire trois ans plus tard.
  2. Faites le calcul pondéré chaque automne, avant de réserver l’hiver suivant. C’est le moment où l’information est encore actionnable.
  3. Déposez le 8840 chaque année où vous approchez ou franchissez le seuil. Chaque conjoint dépose le sien.
  4. Avisez la RAMQ avant tout séjour prolongé.
  5. Faites valider par un fiscaliste transfrontalier si vous approchez de quatre mois par an, ou si votre situation comporte des revenus américains.
Pourquoi un agent immobilier écrit ceci. Parce que la question arrive presque toujours dans le mauvais ordre : on achète d’abord, on découvre les seuils ensuite. Le nombre de jours que vous comptez passer dans une propriété devrait faire partie de la décision d’achat, au même titre que les charges de copropriété.

Sources

Chaque chiffre de cette page renvoie à l’une de ces sources. Lorsqu’une règle a changé, la date du changement est indiquée.

  1. Substantial Presence TestInternal Revenue Serviceconsulté le
  2. Closer Connection Exception to the Substantial Presence TestInternal Revenue Serviceconsulté le
  3. Séjours à l’extérieur du Québec — admissibilité au régime d’assurance maladieGouvernement du Québecconsulté le
  4. Convention fiscale Canada — États-Unis, article IVInternal Revenue Serviceconsulté le

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